Devenir responsable d’une équipe ne consiste pas simplement à obtenir un nouveau titre. C'est souvent un véritable changement de posture. Pourtant, plusieurs idées reçues persistent et peuvent compliquer cette transition. Marine Agogué, professeure titulaire au Département de management de HEC Montréal et directrice pédagogique de la nouvelle certification en leadership et management de l'École des dirigeantes et dirigeants, nous aide à démystifier trois croyances bien ancrées.
Mythe 1 – Un bon expert fera forcément un bon gestionnaire
Dans bien des organisations, les personnes qui se démarquent dans leur domaine sont naturellement appelées à prendre des responsabilités de gestion Et dans certains secteurs, c'est même une nécessité : difficile d'encadrer une équipe de médecins, d'avocats ou d'ingénieurs sans connaître leur réalité.
Mais l'expertise ne garantit pas les compétences de gestion.
Cette évolution n'est pas toujours simple. Elle demande de prendre du recul sur sa pratique, que ce soit grâce à la formation, au coaching, au codéveloppement ou aux échanges avec d'autres gestionnaires.
Mythe 2 – Il existe un gestionnaire idéal
On entend souvent parler des « bonnes pratiques » en gestion. Pourtant, croire qu'il existe une seule façon d'être un bon gestionnaire est une fausse piste.
« On gère comme on est. Être un bon gestionnaire dépend de qui l'on est, de son équipe, de son organisation et de son contexte. Il n'y a pas une bonne façon de gérer. »
Un gestionnaire dans un OBNL, une grande société d'État ou une PME ne fera pas face aux mêmes défis. Les attentes, les ressources et les contraintes diffèrent.
C'est pourquoi la question n'est pas de chercher à ressembler à un modèle idéal, mais plutôt de développer un style de gestion cohérent avec sa personnalité et adapté à sa réalité.
Cette réflexion permet aussi de déconstruire une autre croyance tenace : le gestionnaire n'est pas un superhéros.
« Comme gestionnaire, on ne peut pas régler tous les problèmes avec une baguette magique. Les organisations sont imparfaites, et il faut apprendre à choisir ses batailles. »
Accepter cette imperfection est souvent libérateur. Cela permet de concentrer son énergie là où elle aura le plus d'impact, plutôt que de chercher à tout contrôler.
Mythe 3 – Une formation en gestion doit être théorique
Lorsqu’on pense à une formation en gestion ou en leadership, on imagine parfois une transmission de modèles, de concepts et de bonnes pratiques. Ces repères sont utiles, mais ils ne suffisent pas à transformer la façon de gérer.
Une formation en gestion bien conçue doit aussi permettre d’expérimenter. Il faut pouvoir se mettre en situation, tester différentes façons d’agir, échanger avec d’autres gestionnaires et prendre du recul sur ses propres réflexes.
« Le but n’est pas de dire aux gens comment être un bon gestionnaire. C’est de leur faire vivre des expériences qui les amènent à réfléchir à leurs propres pratiques. »
Les simulations, mises en situation, discussions et exercices permettent justement de confronter les concepts à la réalité. Ils offrent un espace pour essayer, se questionner et ajuster son approche avant de transposer ces apprentissages dans son quotidien professionnel.
La dimension collective joue également un rôle essentiel.
« On vient chercher du contenu, mais aussi l’expérience collective d’apprentissage. Les autres gestionnaires dans la salle deviennent eux aussi une source d’apprentissage. »
Une approche de formation efficace ne consiste donc pas uniquement à acquérir des connaissances. Elle permet aussi de pratiquer la gestion, de confronter ses façons de faire et de développer de nouveaux réflexes adaptés à sa réalité.
Mieux gérer commence par mieux se connaître
Au fond, ces trois mythes rappellent qu’apprendre à gérer ne consiste ni à reproduire un modèle idéal, ni à s’appuyer uniquement sur son expertise ou sur des connaissances théoriques. Devenir gestionnaire, c’est apprendre à changer de posture, à mieux se connaître et à expérimenter de nouvelles façons d’agir.
C’est précisément dans cet esprit que la certification en leadership et management mise sur une approche expérientielle, ancrée dans les réalités vécues par les gestionnaires. L’objectif n’est pas de fournir une recette toute faite, mais de créer les conditions pour pratiquer, échanger, prendre du recul et développer des réflexes de gestion mieux adaptés à son contexte.
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