04 mars 2024

Du rôle des entreprises publiques aux investissements du secteur privé, la transition vers une économie à faibles émissions de carbone est l’un des plus grands défis de notre époque. Pour les entreprises, cette transition passe par la mise en place d’une démarche ESG, c’est-à-dire intégrant des « critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ».

Compte rendu d’une demi-journée de réflexion sur le sujet avec des experts canadiens et britanniques réunis par HEC Montréal et l’Université d’Oxford le 14 février 2024, événement rendu possible grâce à KPMG et l’Institut Michael D. Penner sur les enjeux ESG.

La transition climatique, un défi à relever avec méthode


Parmi les entreprises québécoises, 83 % disent vouloir faire de la durabilité une priorité, selon un récent sondage KPMG, mais la plupart des dirigeants, soit 77 %, affirment « ne pas savoir par où commencer ». C’est ce que révèle d’entrée de jeu Benoit Lacoste Bienvenue, associé directeur, Province de Québec, chez KPMG au Canada. « La clé réside dans les gestes environnementaux, mais peut-être aussi et surtout dans le sérieux avec lequel on mesure les résultats. Car tout ce qui se mesure s’améliore, comme le veut la célèbre maxime de Peter Drucker », a-t-il synthétisé. L’intégration de critères ESG dans le processus de décision repose en partie sur un tel système de mesure, ce qui pousse continuellement à l’action et à l’amélioration.

La participation du Québec dans la décarbonation mondiale


Grâce à la vision de nos prédécesseurs, qui ont investi dans nos ressources hydroélectriques, le Québec est bien positionné mondialement en raison de son énergie propre. Cependant, il faut aller de l’avant rapidement puisque plusieurs pays sont déjà en action et investissent, souligne Michael Sabia, président-directeur général d’Hydro-Québec. L’utilisation d’énergies propres est devenue le vecteur déterminant de la compétitivité à l’échelle mondiale.

« Décarbonation et prospérité économique vont de pair, poursuit M. Sabia. C’est le nerf de la guerre. » Il faut toutefois être certains que les bénéfices de la transition énergétique et la croissance économique qui l’accompagnera seront partagés de manière équitable. M. Sabia souligne notamment le besoin de créer un esprit de partenariat avec les communautés autochtones dans un objectif de réconciliation économique avec les Premières Nations et les Inuits.

Au Québec, des entreprises publiques, telles qu’Hydro-Québec, jouent un rôle crucial non seulement en fournissant des énergies propres à des tarifs parmi les plus concurrentiels au monde, mais aussi en servant d’intermédiaires entre le gouvernement et le privé. En plus de voir les tendances du marché, elles bénéficient d’un niveau de confiance du public, selon Michael Sabia. « Grâce à cette dynamique, le Québec peut être un leader mondial », conclut-il sur le sujet.

L'intégration des facteurs ESG dans les entreprises


Certes, la terminologie ESG est de plus en plus remise en question, et on lui préfère souvent la notion de durabilité, qui a une incidence plus globale et une teneur plus scientifique. Les entreprises tiennent néanmoins à réussir leur intégration des facteurs ESG. Et ce, même si, à l’heure actuelle, il demeure complexe de mesurer la corrélation entre la durabilité et la performance financière des entreprises.

Selon les panélistes Juliane Reinecke (Oxford), Sonia Hernandez (KPMG), Jingdong Hua (International Sustainability Standards Board) et Charles-Antoine St-Jean (Conseil canadien des normes d’information sur la durabilité), les dirigeants doivent considérer la démarche ESG comme un outil pour la gestion des risques et la stratégie d’entreprise, plutôt que comme une mesure distincte d’écoresponsabilité. Les critères ESG sont en somme une méthode utilisée pour favoriser une prise de décision d’investissement éclairée et responsable.

Un défi? La temporalité! Juliane Reinecke, professeure en commerce international à la Saïd Business School de l’Université d’Oxford, rappelle que la crise climatique exige des engagements en matière de neutralité carbone sur une longue période, jusqu’à 2050, ce qui est vertigineux, car « ces objectifs à long terme dépassent souvent l’horizon temporel habituel des décisions stratégiques et des investissements ».

Finance durable et divulgation des informations ESG


Pour que les pratiques ESG soient efficaces, il est capital de fournir les informations ESG les plus instructives possibles afin de répondre aux défis actuels en matière de décisions d’investissement durable. C’est le message porté conjointement par Amir Amel-Zadeh, professeur associé en comptabilité à la Saïd Business School de l’Université d’Oxford, et Marc-André Blanchard, premier vice-président et chef, CDPQ mondial et chef mondial de l’investissement durable.

Le défi est grand, à leur avis, puisque la structure organisationnelle des entreprises est souvent articulée en silos, tandis que les informations sur la durabilité sont interdisciplinaires, provenant de diverses parties de l’organisation et étant mesurées différemment des indicateurs financiers traditionnels. Il faut revoir ces systèmes. Une gouvernance déconstruisant ces silos est cruciale pour rassembler les informations et assurer leur fiabilité.

Réduire l'impact environnemental des entreprises


Au Québec, les émissions globales diminuent. « Mais, certains secteurs, notamment l’agriculture et les transports, voient leurs émissions augmenter malgré les progrès technologiques », souligne Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. « Il est temps d’être audacieux, fini le temps de la prudence. Le secteur du transport, entre autres, n’a pas assez embrassé les technologies qui lui permettraient de réduire ses émissions ».

Il souligne particulièrement le besoin pour chaque entreprise de comprendre ses propres émissions et de prendre des mesures proactives pour les réduire, notamment en ce qui concerne la consommation d’électricité, qui demeure largement au-delà des besoins. « Une réduction des émissions peut être atteinte par le biais de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables et, surtout, par le développement de nouvelles approches et la refonte des systèmes. »

Des entreprises à prendre en exemple? Loop et Communauto font office de modèles à suivre, car elles ont embrassé le concept de productivité des ressources avec leur modèle de partage de véhicules ou de réutilisation des produits alimentaires mal aimés. Des solutions prometteuses pour exploiter efficacement les ressources matérielles.

Décarbonation de l'économie : possibilité ou utopie?


Avec des politiques ambitieuses et des investissements massifs dans des solutions propres, le rêve peut devenir réalité! C’est ce que plaide Catherine McKenna, fondatrice et PDG de Climate and Nature Solutions et ancienne ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique.

Selon cette experte ayant contribué à élaborer au sein de l’ONU les paramètres de l’objectif zéro émission nette, il est impératif de s’engager à atteindre cet objectif par des actions réelles et mesurables. « Les entreprises doivent se donner des cibles basées sur la science et sur des actions immédiates, plutôt que sur des objectifs lointains et peu contraignants ».

Bonne nouvelle : l’engagement des jeunes générations, qui sont de plus en plus attentives aux actions écoresponsables des entreprises, nous mène tous dans la bonne direction.

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