HEC Montréal au cœur de la réflexion et de l’action en philanthropie

HEC Montréal au cœur de la réflexion et de l’action en philanthropie - École des dirigeant(e)s HEC Montréal

Et si le plus grand défi de la philanthropie n’était pas de trouver des fonds, mais de mériter la confiance ? C’est cette question — provocatrice autant que fondamentale — qui a animé la soirée organisée par l’École des dirigeantes et des dirigeants HEC Montréal, en collaboration avec le Pôle médias et Maecenas HEC Montréal. Devant une salle réunissant plus de 200 personnes professionnelles, chercheuses ainsi que des praticiens et praticiennes du secteur, deux tables rondes ont confronté les visions sur ce qui transforme un don en impact durable : la qualité des relations, l'exigence de transparence, et le courage de lâcher prise.

L’événement marquait également une étape concrète dans l’engagement de HEC Montréal envers la philanthropie contemporaine, avec l’annonce de trois initiatives structurantes : le lancement d'un microprogramme de deuxième cycle dédié à ce champ en pleine évolution, la création du groupe de recherche Maecenas, et un partenariat avec l’Université de Genève dans le cadre de l’Initiative Médias et Philanthropie (IMP).

Michel Patry, président-directeur général de la Fondation HEC Montréal, professeur émérite et ancien directeur de l’École, a livré une conviction sans ambages : la philanthropie est bien plus qu’un mécanisme de financement — elle est une force de transformation sociale. « Elle agit là où les mécanismes traditionnels atteignent leurs limites. Elle permet d'oser, d’innover, de prendre des risques que d’autres acteurs ne peuvent pas toujours assumer », affirme-t-il, ajoutant qu’elle contribue tout autant à la cohésion sociale et au renforcement des libertés individuelles et collectives.

La confiance comme levier d’impact philanthropique

Les fondations sont par ailleurs souvent enfermées dans une culture de contrôle qui rend difficiles les échanges : processus opaques, critères définis unilatéralement, reddition de comptes excessive — autant de freins à la relation de confiance.

« La confiance, ça se construit, ça se nourrit, c’est fort et c’est fragile, faut être dans la réciprocité », souligne Lili-Anna Pereša, PDG de la Commission de la santé mentale du Canada. Elle pointe la tension vécue par les organismes sur le terrain, pris entre la nécessité de livrer des services et celle de répondre à de lourdes exigences administratives.

La culture du contrôle : principal obstacle à surmonter

Les fondations sont par ailleurs souvent enfermées dans une culture de contrôle qui rend difficiles les échanges : processus opaques, critères définis unilatéralement, reddition de comptes excessive — autant de freins à la relation de confiance.

« La confiance, ça se construit, ça se nourrit, c’est fort et c’est fragile, faut être dans la réciprocité », souligne Lili-Anna Pereša, PDG de la Commission de la santé mentale du Canada. Elle pointe la tension vécue par les organismes sur le terrain, pris entre la nécessité de livrer des services et celle de répondre à de lourdes exigences administratives.

Construire la confiance : leçons du terrain

Lili-Anna Pereša cite en exemple la réussite du Projet d’impact collectif (PIC) de Centraide Montréal pour illustrer concrètement comment une collaboration entre fondations peut décentraliser le pouvoir et renforcer les capacités des communautés. Né de discussions entre Jean-Marc Chouinard et Lili-Anna Pereša, ce projet a exigé des années de dialogue, d’écoute et d’ajustements. Il s’appuyait sur 30 ans d’infrastructure sociale préalablement construite autour des tables de quartier montréalaises.

« Il faut valoriser l’aspect relationnel, sans quoi la confiance ne s’installera pas », insiste Jean-Marc Chouinard, conseiller principal en stratégie et ancien président de la Fondation Lucie et André Chagnon. Même là où la confiance semble acquise, elle doit être continuellement reconstruite par l’écoute et le dialogue.

La confiance, condition de survie de la philanthropie

Face aux transformations profondes de nos sociétés, Jean-Marc Chouinard appelle la société civile — et la philanthropie — à prendre les devants. Sans confiance, aucune transformation collective n’est possible.

Des modèles inspirants existent, comme le rappelle Hilary Pearson : le cadre éthique basé sur la philosophie africaine Ubuntu de la Fondation Béati, le livre Control de Glen Galaich, ou encore le transfert de capital de la Fondation McConnell vers des fondations autochtones. « Laisser aller, c’est la meilleure forme de confiance qu’on peut avoir », ajoute Lili-Anna Pereša.

Laetitia Gill Motte, experte en philanthropie internationale et codirectrice de la maîtrise d’études avancées en philanthropie à l’Université de Genève, conclut la table ronde sur une note optimiste : « La confiance n’est pas un supplément d’âme, mais bien le socle de l’impact philanthropique. Une confiance qui exige humilité, réciprocité et la capacité de créer des espaces où le désaccord est possible. »

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Philanthropie et médias : une alliance nécessaire pour la démocratie

Sylvain Lafrance, directeur du Pôle médias, pose d’emblée le constat de départ pour la seconde table ronde autour du rôle croissant de la philanthropie dans les médias : « Comment créer de la confiance dans un monde où la vérité se fait bousculer, où les nouveaux outils permettent d’inventer de fausses vérités? Le rôle des médias est plus important que jamais pour créer du dialogue social. » Depuis une dizaine d’années, l’émergence de la philanthropie médiatique s’impose, et des fondations sont de plus en plus convaincues que soutenir les médias, c’est soutenir la démocratie elle-même.

Le modèle de La Presse : de l’abonné au donateur

François Cardinal, éditeur adjoint et vice-président Information à La Presse, a retracé la transformation de son organisation, pour laquelle la nécessité de diversifier les revenus s’est imposée. La Presse a notamment choisi la gratuité du contenu, le considérant comme un bien public. « Laisser l’information de qualité à ceux qui peuvent se la payer était dangereux pour le "nous" », illustre-t-il. Résultat : de 3 millions de dollars en 2019, les dons ont atteint 10 millions annuellement l’an dernier, portés par 66 000 donateurs contribuant en moyenne 120 $ par année.

Sur la question de l’indépendance éditoriale, La Presse a misé sur la transparence, appliquée aussi bien aux donateurs qu’aux annonceurs, sans possibilité d’ingérence. Une décision forte a également été de cesser de prendre position en faveur de partis politiques lors des élections. Un défi demeure cependant : sur 10 millions de dollars en dons annuels, seulement 1,4 million provient de grands donateurs — un potentiel encore largement inexploité. « Il y a des grands donateurs, des entreprises surtout, qui se demandent quelle sera la perception si elles sont donatrices et qu’une couverture est faite de leur entreprise, qu’elle soit positive ou négative. La culture de la philanthropie existe depuis longtemps, mais celle liée aux médias depuis peu. Il y a aussi cette difficulté, au Québec, de faire du journalisme une cause à part entière, contrairement au Canada anglais », ajoute-t-il.

Inspirit et la perspective internationale

La Fondation Inspirit est née de la vente d’une chaîne de télévision ontarienne, dont la mission d’origine — multiculturalisme et contenus interreligieux — s’est transformée en engagement pour un Canada plus inclusif et pluraliste. Ana Sofía Hibon, gestionnaire de programmes, explique que depuis 2019, Inspirit finance activement le journalisme, convaincue que « l’information de qualité, c’est l’oxygène de nos démocraties ». La Fondation a d’ailleurs conçu deux guides pratiques distincts — l’un pour les fondations, l’autre pour les journalistes. Sa priorité : les médias portés par des communautés sous-représentées — racisées, autochtones et rurales.

L’expérience suisse : quand la démocratie vote pour ses médias

Gilles Marchand, directeur de l’IMP à l’Université de Genève, a apporté une perspective européenne éclairante : en Suisse, les citoyens ont voté trois fois en dix ans pour maintenir le financement de leur service public audiovisuel. « Un espace médiatique fonctionnel, c’est un espace démocratique fonctionnel », a-t-il affirmé. Il a également cité une étude française mettant en évidence une corrélation directe entre déserts médiatiques, disparition des services publics locaux et montée des mouvements politiques populistes. Ana Sofía Hibon a complété ce tableau : au Canada, au moins 600 médias locaux ont fermé depuis 2008, dont la majorité dans des localités de moins de 30 000 habitants.

Quelle place pour la philanthropie dans l’avenir?

En clôture, les trois panélistes ont esquissé leur vision du futur. François Cardinal souhaite à l’avenir que La Presse remplace une part d'aide publique par une part de philanthropie et de dons. « Ce serait un formidable succès », ajoute-t-il. Ana Sofía Hibon appelle à davantage de collaboration entre fondations, comme en témoigne le Fonds Avenir Medias, premier fonds dédié au soutien des médias et de la démocratie. Gilles Marchand conclut avec optimisme : « Ce souci démocratique est tellement prégnant aujourd’hui que cette grande cause qu’est le fonctionnement d’un espace médiatique va s’imposer d’elle-même. »

La conférence s’est terminée par une présentation du microprogramme en philanthropie contemporaine par Charlotte Blanche, responsable pédagogique, accompagnée de la marraine de la première cohorte, Hilary Pearson.

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