Leadership : le pouvoir des émotions

Leadership : le pouvoir des émotions - École des dirigeant(e)s HEC Montréal
Équipe diversifiée travaillant sur un projet, consultant un ordinateur portable dans un bureau lumineux.

Le climat de travail, l’engagement des équipes et leur capacité à s’adapter dépendent en partie d’une compétence sous-estimée : l’intelligence émotionnelle. À l’heure du travail à distance et des transformations rapides, savoir décoder les émotions devient un véritable atout pour les gestionnaires.

Lorsqu’on décrit les principales qualités d’un leader, les mots authenticité, empathie, maîtrise de soi et écoute sont généralement évoqués, constate Estelle M. Morin, psychologue et professeure titulaire au Département de management de HEC Montréal. « Toutes ces compétences reposent sur des habiletés émotionnelles bien concrètes associées à la gestion de soi et des relations, comme la capacité à percevoir les émotions, à les comprendre et à les réguler », explique-t-elle.

L’intelligence émotionnelle commence donc par cette faculté à lire en soi, un exercice moins simple qu’il n’y paraît. « La plupart des gens disposent d’un vocabulaire très limité pour décrire leurs émotions, alors qu’il existe des centaines de nuances », observe la psychologue. Cela fait d’ailleurs partie des bases de son enseignement, notamment lors des formations qu’elle offre à ce sujet à l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal.

Cette précision est essentielle : chaque émotion a sa propre signification et oriente l’action. Par exemple, le sentiment de jalousie renvoie à la peur de perdre, tandis que l’envie traduit plutôt le désir de posséder ce qui nous manque. Il en va de même pour la frustration, la colère ou l’impatience, qui n’ont pas la même origine. « Les émotions sont des réponses adaptatives à une demande de l’environnement : elles attirent notre attention sur une priorité et nous préparent à agir », mentionne Estelle M. Morin.

Autrement dit, chaque émotion constitue une information – un signal – que le gestionnaire gagne à intégrer à son analyse, en la mettant en perspective avec les faits. « La capacité à lire les états émotionnels, les siens comme ceux des autres, nous renseigne donc sur ce qui se passe, ici et maintenant, résume-t-elle. Cela améliore la qualité de nos décisions et, du même coup, de nos actions. »

Cette introspection permet aussi de maîtriser ses réactions, de se montrer empathique et d’influencer positivement ses relations, autre volet de l’intelligence émotionnelle.

Le défi du numérique

L’essor du travail à distance complexifie toutefois cette lecture, souligne la professeure. « Derrière un écran, on n’a pas accès à toutes les modalités sensorielles qui nous renseignent sur ce qui se passe dans le groupe.» De plus, certaines expressions faciles, comme la déception, la colère et la frustration, se ressemblent énormément, ce qui rend difficile leur interprétation. Résultat : le leader doit redoubler d’attention pour percevoir et interpréter les émotions vécues au sein de son équipe.

Les relations virtuelles comportent aussi un autre piège : celui de l’idéalisation ou, à l’inverse, de la diabolisation. « Les relations virtuelles s’établissent sur des bases qui ne sont pas réelles, ce qui amène à combler les vides en complétant l’information dans un sens ou dans l’autre, mais rarement de façon neutre », explique Estelle M. Morin.

Pour limiter ces biais, mieux vaut se voir, à l’occasion, en personne. Cela dit, même à distance, il est possible de créer des liens solides, ajoute-t-elle. « Les relations reposent sur deux facteurs principaux : la fréquence des interactions et la chaleur des échanges. »

Redonner du sens, renforcer l'engagement

L’intelligence émotionnelle permet aussi de décoder l’état d’esprit d’une équipe, de déceler les inconforts, d’identifier les tensions et d’y répondre avec justesse. « Cela nous amène à faire un arrêt sur image pour comprendre ce qui se joue, puis à poser les bons gestes », illustre la professeure.

Cette capacité s’avère particulièrement précieuse en période de transformation. La psychologue évoque notamment le cas d’une équipe dont le travail serait menacé par l’intelligence artificielle. Dans un tel contexte, il ne s’agit pas de nier les émotions comme la peur, mais de les reconnaître.

« Il faut alors prendre le temps d’écouter les membres de son équipe avec empathie pour bien comprendre leurs préoccupations. De quoi avez-vous besoin? Comment voyez-vous la situation? Ensuite, on peut voir quels moyens sont à notre disposition pour les aider », mentionne-t-elle. Une telle posture contribue à réduire l’incertitude et à renforcer la solidarité au sein de l’équipe. Les employés se sentent écoutés, respectés et soutenus.

« Si le gestionnaire fait preuve de bienveillance et s’investit réellement pour soutenir son équipe, même dans une situation difficile, les employés lui rendront la pareille, ajoute-t-elle. On a tendance à traiter les autres comme ils nous traitent. » Une dynamique qui repose sur la qualité des relations. 

Cette empathie et cette bienveillance permettent aussi d’instaurer un climat de sécurité psychologique, où les employés osent davantage s’exprimer, poser des questions, partager leurs idées. Ces attitudes créent aussi un contexte propice à l’engagement et à la créativité. En effet, les équipes innovent souvent lorsqu’elles se trouvent devant une situation sans issue, note Estelle M. Morin. « Gréer les émotions négatives que cela entraîne et les canaliser pour en tirer un élan créatif relève aussi de l’intelligence émotionnelle. »

Dans des environnements en transformation, les émotions deviennent un véritable outil de navigation. Et il est possible, grâce à la formation et au coaching, d’apprendre à les mobiliser de façon constructive, rappelle Estelle M. Morin. « Seul, on l’apprend plus souvent à la dure! »

Pour aller plus loin

Depuis 65 ans, l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal accompagne la croissance d’individus et d’organisations et forme plus de 9000 personnes par année. Première au Canada du classement Executive Education 2026 du Financial Times, l’École des dirigeantes et dirigeants propose plus de 80 programmes de courte durée en classe, en ligne et en entreprise.

Cet article est tiré de la revue Gestion.