Une dame souriante dans un groupe de travail avec des documents dans la mainUne dame souriante dans un groupe de travail avec des documents dans la main

07 avril 2026

Le rôle du chef de la direction financière (CFO) connaît une transformation profonde. Longtemps associé à la gestion des chiffres, de la conformité et du contrôle budgétaire, il s’impose aujourd’hui comme un acteur stratégique central, à l’intersection de la performance, de la gouvernance, des technologies et de la gestion des risques.

C’est ce que met en lumière l’étude « L’équipe finance en pleine transformation : défis et compétences de 2030 », réalisée par Raymond Chabot Grant Thornton, en partenariat avec l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal et le Centre québécois de formation en fiscalité (CQFF). Appuyée sur un sondage mené auprès de CEO et de CFO québécois ainsi que sur des groupes de discussion, l’étude dresse un portrait clair et prospectif de la fonction finance à l’horizon 2030. Principalement rédigée par Julien Le Maux, professeur titulaire à HEC Montréal, l’étude intègre également des contributions ciblées d’experts de Raymond Chabot Grant Thornton. Elle se distingue par une mise en perspective académique et stratégique qui éclaire et structure l’ensemble des constats présentés.

Un rôle élargi, au-delà de la finance traditionnelle

Les résultats sont sans équivoque : le CFO n’est plus un simple gardien des finances. Il est désormais un partenaire stratégique du CEO, pleinement intégré aux décisions structurantes de l’organisation. L’étude révèle que 100 % des CEO sondés déclarent avoir une bonne chimie avec leur CFO, et que 97 % partagent une vision stratégique commune. Cette proximité se traduit par une implication accrue du CFO dans des domaines clés tels que :

  • la gestion des risques,
  • les fusions et acquisitions,
  • les stratégies de croissance,
  • la transformation numérique,
  • et la gouvernance.

Le CFO devient ainsi un chef d’orchestre transversal, capable de relier les enjeux financiers, opérationnels et technologiques dans une logique de création de valeur durable.

Technologies, IA et cybersécurité : des compétences devenues incontournables

L’étude souligne que l’intelligence artificielle, l’automatisation et l’analyse avancée des données figurent désormais parmi les principales priorités de la fonction finance. Si 78 % des dirigeants jugent l’implantation de l’IA importante, seulement 53 % estiment leur équipe suffisamment mature pour en tirer pleinement parti. Cette situation met en lumière un enjeu stratégique majeur pour les années à venir : la maîtrise technologique deviendra un avantage concurrentiel déterminant pour les CFO. Or, cette maîtrise ne pourra se développer sans des investissements soutenus en formation, en modernisation des systèmes et en intégration des données, particulièrement dans les organisations de taille moyenne. La cybersécurité émerge également comme un enjeu majeur. Les CFO sont de plus en plus appelés à intégrer les risques numériques comme de véritables risques d’affaires, au même titre que les risques financiers ou opérationnels. Cette responsabilité croissante s’accompagne toutefois de contraintes importantes, notamment en matière de ressources, de compétences spécialisées et de coûts.

ESG : un levier stratégique encore en construction

Les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) occupent une place croissante dans les attentes des dirigeants, mais les perceptions divergent. Alors que 81 % des CEO considèrent la reddition de comptes extra-financière comme importante, les résultats révèlent plutôt des perceptions contrastées entre CEO et CFO. Si une majorité reconnaît l’importance croissante des enjeux ESG, plusieurs CFO expriment des réserves quant à leur intégration opérationnelle, notamment en raison des coûts, de la complexité réglementaire et de leur applicabilité dans le contexte des PME. Les CEO, pour leur part, y voient davantage un levier stratégique à moyen terme, lié à la réputation, à l’accès au financement et aux attentes futures des investisseurs. À l’horizon 2030, le CFO sera appelé à jouer un rôle plus actif dans la gouvernance ESG, en intégrant ces indicateurs aux décisions financières et stratégiques.

Confiance élevée, mais préparation encore inégale

L’étude révèle un paradoxe intéressant : 91 % des organisations estiment leur fonction finance prête à relever les défis des prochaines années, mais seulement 22 % se disent très prêtes. Ce niveau de confiance modéré traduit une conscience claire des limites actuelles, notamment en matière de technologies, de cybersécurité et d’ESG. Pour le CFO, l’enjeu n’est donc plus seulement d’inspirer confiance, mais de transformer cette confiance en plans d’action concrets, appuyés par la formation continue et le développement des compétences émergentes.

Un enjeu clé : préparer la relève financière

Enfin, l’étude met en lumière un défi majeur : la préparation de la relève. La pénurie de talents, combinée à des attentes élevées envers les jeunes professionnels, oblige les organisations et les institutions de formation à repenser leurs approches. Les CFO interrogés soulignent que la relève doit aller au-delà de la maîtrise technique pour développer :

  • des compétences analytiques et stratégiques,
  • une compréhension des opérations,
  • une aisance avec les technologies,
  • et des habiletés relationnelles solides.

Former les CFO de demain, c’est donc former des leaders hybrides, capables de naviguer dans un environnement complexe et en constante évolution.

À retenir

Le CFO de 2030 sera à la fois stratège, expert technologique, gestionnaire de risques et acteur clé de la gouvernance. Cette transformation appelle une adaptation continue des compétences, des pratiques et des parcours de formation — un chantier au cœur de la mission de l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal.

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