L’intelligence artificielle générative s’impose aujourd’hui comme un levier majeur de transformation pour les organisations. Capable de produire du contenu, d’analyser rapidement de grandes quantités d’information et de soutenir la prise de décision, elle ouvre la voie à des gains importants en productivité, en créativité et en innovation.
Mais cette évolution rapide s’accompagne aussi de nouveaux défis. Les organisations doivent composer avec des risques émergents, souvent difficiles à anticiper, tout en développant des pratiques responsables pour encadrer l’utilisation de ces technologies.
C’est dans ce contexte que s’est tenu, le 16 juin 2026, un événement de réseautage de la certification en éthique et conformité de l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal, sous le thème « IA générative : anticiper les risques émergents ». Cette rencontre a réuni trois spécialistes afin d’explorer les enjeux liés à une adoption responsable de l’intelligence artificielle :
- Sarah Legendre Bilodeau, première vice-présidente, groupe conseil en intelligence artificielle, Cofomo
- Timothy Murphy, expert principal en technologies et intelligence artificielle, Ericsson
-
Joé T. Martineau, professeure agrégée, Département de management, HEC Montréal


Des risques multiples, au-delà de la technologie
L’un des principaux constats du panel est clair : les risques associés à l’intelligence artificielle générative ne se limitent pas aux enjeux techniques.
La sécurité des données, la protection des renseignements sensibles, les biais algorithmiques, les enjeux juridiques et la conformité figurent parmi les préoccupations actuelles des organisations. Toutefois, certains risques stratégiques demeurent encore sous-estimés.
Dans un environnement où l’innovation évolue rapidement, ne pas intégrer l’intelligence artificielle dans sa stratégie peut également représenter un risque. Les organisations doivent donc trouver un équilibre entre l’encadrement nécessaire et la capacité d’innover.
Comme le souligne Sarah Legendre Bilodeau : « On parle beaucoup des risques opérationnels, mais les risques stratégiques, on en parle un petit peu moins. Pourtant, ne pas adopter l’IA assez rapidement peut nous faire perdre notre avantage concurrentiel. »
L’enjeu n’est donc pas de ralentir l’adoption de l’IA, mais plutôt de créer les conditions permettant une utilisation réfléchie, sécuritaire et alignée avec les objectifs organisationnels.
Une technologie qui transforme notre rapport au jugement
L’intelligence artificielle générative apporte une transformation importante dans notre façon de travailler. Elle peut produire des réponses rapides et pertinentes, mais la fiabilité de ses résultats demeure variable.
Cette réalité exige un changement de posture chez les utilisatrices et utilisateurs. L’IA doit être considérée comme un outil d’aide à la réflexion et non comme une source absolue de vérité. La capacité d’analyser, de questionner et de valider les informations générées devient donc une compétence essentielle.
Joé T. Martineau met en garde contre un phénomène préoccupant : « Il arrive un moment où la confiance envers l’intelligence artificielle devient si grande qu’elle altère la vigilance des utilisateurs, jusqu’à les empêcher de repérer les erreurs. »
Cette situation rappelle que la responsabilité demeure humaine. Même lorsque l’intelligence artificielle contribue à accélérer certaines tâches, le jugement professionnel et l’expertise des individus restent indispensables.
L’autonomie des agents d’IA : un défi de gouvernance
L’évolution de l’intelligence artificielle mène maintenant vers une nouvelle génération d’outils : les agents d’IA autonomes. Ces systèmes peuvent accomplir des tâches complexes, interagir avec différentes applications et prendre certaines décisions avec une intervention humaine limitée.
Cette autonomie représente une occasion importante pour les organisations, mais elle soulève aussi des questions fondamentales. Comment assurer un contrôle efficace? Comment établir des limites claires? Qui porte la responsabilité lorsqu’un système autonome produit un résultat indésirable?
Comme l’explique Timothy Murphy : « La principale préoccupation aujourd’hui est liée à l’autonomie des systèmes. Comment mettre en place des mécanismes de contrôle et des limites afin de s’assurer qu’ils ne dévient pas de leur objectif et n’entraînent pas de conséquences indésirables? »
Ces enjeux démontrent l’importance d’une gouvernance adaptée. Les organisations doivent mettre en place des règles d’utilisation, des mécanismes de surveillance et une répartition claire des responsabilités afin que l’innovation demeure maîtrisée.
Les piliers d’une utilisation éthique de l’IA
Pour tirer pleinement profit de l’intelligence artificielle tout en limitant ses risques, certaines pratiques essentielles doivent guider son utilisation.
1-Maintenir un esprit critique
Les contenus générés par l’IA doivent être analysés et validés. Les utilisateurs doivent demeurer capables de reconnaître les limites des outils et de remettre en question leurs résultats.
2-Protéger les données sensibles
Les organisations doivent sensibiliser leurs équipes aux bonnes pratiques en matière de confidentialité et de sécurité. Les informations partagées avec les outils d’IA doivent être utilisées avec discernement.
3-Préserver la qualité et la rigueur du travail
L’intelligence artificielle peut faciliter certaines tâches, mais elle ne remplace pas l’expertise humaine. La validation, l’analyse et la prise de décision demeurent essentielles.
Ces principes rappellent que l’IA est autant un enjeu humain qu’un enjeu technologique. Son utilisation responsable repose sur une culture organisationnelle où l’éthique et la responsabilité occupent une place centrale.
L’humain comme boussole
À mesure que les capacités de l’intelligence artificielle évoluent, une certitude demeure : sa valeur dépend de l’usage que nous en faisons.
Les leaders de demain devront développer une compréhension approfondie de cette technologie, tout en conservant une approche critique et responsable. Ils devront être en mesure d’identifier les occasions, d’évaluer les risques et de guider leurs équipes dans un environnement en constante transformation.
Comme le souligne Timothy Murphy : « L’humain doit toujours demeurer la référence pour définir ce qui est juste et bénéfique dans l’utilisation d’un modèle d’intelligence artificielle. »
Dans un contexte marqué par l’évolution rapide des technologies, les organisations qui se démarqueront seront celles qui sauront conjuguer innovation et responsabilité. L’enjeu ne consiste pas simplement à adopter l’intelligence artificielle, mais à déterminer avec discernement quand, pourquoi et comment l’utiliser. Loin de remplacer l’humain, l’IA renforce l’importance de compétences fondamentales telles que le jugement, l’éthique, la créativité et la capacité à prendre des décisions éclairées.
Cette conférence a été rendue possible grâce au soutien du membre fondateur et des partenaires de la certification en éthique et conformité de l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal : La Caisse, la Commission de la construction du Québec, Desjardins et KPMG au Québec, en collaboration avec la Faculté de droit de l’Université de Montréal.

