Prédire, automatiser, réduire les erreurs, accroître la productivité : l’intelligence artificielle (IA) peut apporter des gains importants en organisation, à condition d’implanter ces outils de façon efficace et responsable. Alors que les possibilités se multiplient à vive allure, mieux comprendre ces technologies aide les gestionnaires à faire des choix éclairés.
On parle beaucoup de l’IA dans les organisations, au point que les gestionnaires ont parfois l’impression de devoir tout essayer à la fois. Mais qu’est-ce qu’une intégration réellement réussie, et surtout responsable? Pour Camille Grange, professeure agrégée au Département des technologies de l’information de HEC Montréal et directrice pédagogique de la Certification en intelligence artificielle de l’École des dirigeantes et dirigeants, la réponse tient moins au nombre d’outils déployés qu’à la qualité de la réflexion qui en guide l’utilisation.
« Il est tentant de se lancer dans le train simplement pour faire comme les autres », souligne-t-elle. L’expérimentation demeure nécessaire, puisque personne ne détient encore toutes les réponses. Mais ces essais devraient d’abord servir à apprendre, individuellement et collectivement, et à développer la littératie numérique des équipes.
« Il faut former le personnel pour qu’il sache quelles données peuvent être utilisées ou non, et dans quelles situations l’intervention humaine demeure indispensable », précise Camille Grange. L’utilisation de l’IA doit également être encadrée en tenant compte des enjeux éthiques, juridiques et de responsabilité numérique, qui font notamment partie des thèmes abordés dans la formation de l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal.
Créer de la valeur avec l’IA
Pour éviter de céder à l’effet de mode, il faut d’abord savoir ce que l’on cherche à accomplir avec l’IA. « La certification s’adresse à des gestionnaires de haut niveau qui cherchent à cibler et à utiliser les bons outils pour créer de la valeur », précise Camille Grange.
Il faut ensuite poser un diagnostic de ses besoins. « C’est un peu comme regarder sous le capot d’une voiture. Où sont les goulots d’étranglement? Quelles tâches nous prennent beaucoup de temps? »
L’IA peut contribuer à transformer les opérations internes en automatisant certaines tâches, en améliorant la prise de décision ou en augmentant la productivité des équipes. Elle peut également soutenir la croissance en enrichissant l’expérience client, en favorisant l’innovation dans les produits et services ou en améliorant les relations avec les partenaires et les fournisseurs. Encore faut-il cibler les pistes les plus pertinentes.
Bâtir une stratégie d’IA
Une utilisation responsable de l’IA suppose donc d’offrir aux employés un « carré de sable » sécuritaire pour en explorer les possibilités et les limites. « On a mis les outils d’intelligence artificielle générative dans les mains de tous, sans mode d’emploi. Et comme les gens utilisent déjà l’IA dans leur vie personnelle, ils peuvent être tentés de transposer ces usages dans leur travail. Cependant, on ne peut confier sans discernement les données de l’entreprise à des outils entièrement ouverts », dit Camille Grange. La solution passe, selon elle, par un environnement sécurisé et contrôlé, où les informations sont protégées et les expérimentations sont permises.
La formation offerte à l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal permet de mieux cerner les risques associés à ces technologies. « On utilise beaucoup l’IA pour traiter et produire de l’information, pour écrire un courriel, répondre à un appel d’offres ou préparer l’ébauche d’un rapport à partir de données recueillies, donne-t-elle en exemple. Ce type d’usage, qui consiste souvent à préparer le squelette d’un document, peut être tout à fait légitime. » Dans l’économie du savoir, cette utilisation s’avère toutefois délicate. La professeure évoque le cas d’une firme-conseil soupçonnée d’avoir utilisé l’IA pour produire un rapport contenant de fausses citations.
Cet exemple illustre l’importance, pour les organisations, de se pencher sur les enjeux éthiques entourant l’utilisation de l’IA. Si certains aspects sont réglementés, notamment la protection des renseignements personnels, d’autres relèvent des politiques internes. « Il reste beaucoup de travail à faire pour établir un cadre de gouvernance clair, qui précise non seulement les usages permis de l’IA, mais aussi ceux que l’organisation souhaite privilégier. Certaines pourraient, par exemple, privilégier des systèmes souverains ou réduire leur dépendance à des fournisseurs établis hors du Québec et du Canada. »
Ces choix touchent aussi l’empreinte environnementale de l’IA. Avant d’adopter un outil, il vaut la peine de se demander si les ressources qu’il mobilise sont proportionnelles aux besoins réels. « Encore une fois, quand on comprend mieux comment fonctionnent ces systèmes, on en mesure plus facilement les impacts. Est-ce que l’outil choisi est surdimensionné par rapport à la tâche à accomplir? C’est l’un des principes de base de l’écoconception », explique la professeure.
Se former permet donc non seulement de comprendre les capacités et les limites de l’IA, mais aussi de développer une vision stratégique de son intégration au sein de l’organisation. Les gestionnaires sont ainsi mieux outillés pour cibler les occasions de création de valeur, prioriser leurs investissements, gouverner les initiatives et accompagner la transformation de leurs équipes. « La connaissance apporte beaucoup de liberté, d’autonomie. On n’agit pas simplement parce qu’on s’y sent contraint. Chaque geste devient plus intentionnel et stratégique », conclut Camille Grange.
Pour aller plus loin
- Découvrez le calendrier de formations en Intelligence numérique ( Big Data et IA), de l'École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal.
- Depuis 65 ans, l’École des dirigeantes et dirigeants HEC Montréal accompagne la croissance d’individus et d’organisations et forme plus de 9000 personnes par année. Première au Canada du classement Executive Education 2026 du Financial Times, l’École des dirigeantes et dirigeants propose plus de 80 programmes de courte durée en classe, en ligne et en entreprise.
Cet article est tiré de la revue Gestion.